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Cet article a été publié dans Les Echos le 10 septembre 2002.

Media Features > Géopolitique
L'arrogance américaine réinventée
 

By Stephan Richter | Tuesday, September 10, 2002
 

Le 11 septembre a été un choc pour le monde entier. L'immense majorité de la population de la planète a adopté, au lendemain du drame, une attitude plutôt bienveillante envers les Etats-Unis. L'événement a suscité un vaste élan de compassion, sauf dans quelques pays, ceux dans lesquels vivent les fondamentalistes islamistes opposés aux Etats-Unis.


Très rapidement pourtant, bon nombre de pays ont commencé de critiquer la politique américaine pour son apparente arrogance.

Arrogance ou ignorance?

Il s'agit toutefois d'une arrogance bien particulière -- d'une ignorance du reste du monde en réalité -- qui n'hésite pas à s'afficher fièrement. Cette attitude explique largement la politique menée par les Etats-Unis ces douze derniers mois, ainsi que la dissipation de la sympathie qu'éprouvaient les autres nations envers eux.

Les attentats du 11 septembre ont accentué la tendance infantile qu'ont les Américains à garder le ballon pour eux s'ils ne dominent pas la scène internationale.

Aux Etats-Unis, les événements du 11 septembre sont souvent considérés comme une « attaque étrangère »sans précédent das l'histoire nationale. Ceux qui ont commis ces attentats n'étaient effectivement non seulement étrangers dans leur citoyenneté, mais aussi dans leurs idéologies.

Ils exécraient les Etats-Unis et tout ce qu'ils symbolisent. Ils détestaient l'« horrible Amérique », celle des fast-foods, de la culture-poubelle et des entreprises avides d'argent, pas davantage appréciée dans le reste du monde. Mais pis encore, ils haïssaient tout autant la « belle Amérique ». Ils détestaient les idéaux de liberté, de démocratie et de tolérance qu'ont offerts au monde les Etats-Unis.

Un pays en garde

Malheureusement, peu d'Américains ont compris cette différence capitale, les responsables du pays non plus. Pour d'autres, il semble à présent que les Américains ne parviennent pas à distinguer entre les critiques contre leur pays prononcées par les membres du réseau Al-Qaida en Afghanistan et celles concernant par exemple la politique du Trésor en Amérique latine.

Si les dirigeants américains faisaient preuve de plus de maturité, ils se rendraient compte que les critiques entre amis font parties de relations saines.

Nobre d'Américains traitent avec autant d'hostilité les fondamentalistes islamistes qui lancent des appels contre les grands pouvoirs de l'Occident dans les madrasas du Pakistan et d'Arabie saoudite et les Européens inquiets de la qualité de leur alimentation ou des problèmes écologiques mondiaux.

Cela explique l'arrogance particulière des Américains aujourd'hui. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, celle-ci n'est pas liée à la puissance, qui, elle, peut engendrer un certain orgueil. Elle procure plutôt un sentiment d'invulnérabilité qui conduit à ne plus se préoccuper des conséquences des décisions prises.

On ne peut pas dire que l'Amérique de l'après-11 septembre se sente entièrement invincible. Par ailleurs, la puissance permet aux dirigeants d'un pays de se lancer dans des aventures coûteuses et parfois périlleuses. Cette manière de voir existe dans certaines parties des Etats-Unis, mais ce n'est en tout cas pas celle qui dérange la communauté internationale.

Deux camps

L'arrogance qui caractérise à présent les Etats-Unis est bien plutôt celle de tout un peuple, et de son gouvernement qui a décidé de diviser le monde en deux camps. Quiconque ne soutient pas les Etats-Unis inconditionellement sera perçu comme un ennemi.

La politique américaine fait preuve d'une arrogance bien particulière, une ignorance du reste du monde qui n'hésite pas à s'afficher fièrement.

Les critiques bienveillantes émanant de pays amis sont interprétées de la même façon que les déclarations fanatiques des vrais enemis déterminés à détruire le pays. Un tel refus de trier les critiques et d'accepter que même les meilleurs amis peuvent émettre un avis contraire représente peut-être la forme suprême de l'orgueil.

Ce comportement conduit à une appréhension tragique de l'histoire et de l'état du monde. La victoire remportée par les Etats-Unis pendant la guerre froide a répandu dans le monde l'idée selon laquelle l'idéologie, les valeurs et le point de vue américains constituent un modèle universel.

Certes, en Asie, on aura testé un « capitalisme fondé sur les valeurs asiatiques ». Quant aux Européens, ils ont essayé de modifier le système américain afin qu'il reflète davantage le concept qu'ils se faisaient de leurs propres valeurs, plus humanistes.

Etant donné le choix...

Ces différences comptent peu au regard pour ceux qui opposaient les Etats-Unis à l'Union soviétique, ou aujourd'hui les Etats-Unis au califat islamique que Ben Laden se proposait de mettre en place. Face à un tel choix, nul doute que chacun d'entre nous choisirait le modèle américain.

Certains américains veuillent que le monde entier approuve sans sourciller toutes les propositions de leur pays.

Cependant, bon nombre d'Américains, et semble-t-il l'actuel président lui-même, paraissent aujourd'hui attendre autre chose. Ils veulent que tout le monde ressente la même douleur que celle qu'ils ont éprouvée le 11 septembre.

Certains veulent aussi que le monde entier approuve sans sourciller toutes les propositions de leur pays, et pas uniquement celles portant sur la manière de mener la guerre contre le terrorisme.

Des jeux enfantins

Les attentats du 11 septembre ont accentué la tendance enfantile qu'ont les Américains à garder le ballon chez eux et à bouder dans leur coin s'ils ne dominent pas la scène des débats internationaux.

Les critiques bienveillantes émanant de pays amis paraissent interprétées de la même façon que les déclarations fanatiques de ceux qui sont déterminés à détruire le pays.

Que ce soit le nombre considérable de traités de toute nature qu'ils n'ont pas signés, l'extraordinaire pression qu'ils exercent sur l'Europe en ce qui concerne notamment les organismes génétiquement modifiés (OGM) ou encore leur projet d'envahir l'Irak, tout concourt à souligner qu'ils attendent de leurs alliés une allégeance totale.

On ne peut pas reprocher à ces alliés d'antan de se rétracter face à une telle arrogance, voire de se rebeller. Les militants d'Al-Qaìda ont attaqué les Etats-Unis parce qu'ils détestent ses idéaux et c'est là toute la différence avec les autres critiques qui peuvent s'exprimer à l'encontre des Etats-Unis.

Entre amis

Si les dirigeants américains faisaient preuve de plus de maturité, ils se rendraient compte que les critiques entre amis et alliés participent de l'existence de relations saines. Un point qui continuera à se vérifier lorsque les Etats-Unis, aidés de leurs nombreux alliés, auront réussi à éradiquer le réseau Al-Qaida et autres terroristes de la planète.

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Les Echos
Cet article est apparu dans Les Echos, le premier journal français sur l'économie mondiale.


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