Après avoir participé à la guerre en Irak, Tony Blair a voulu prendre le leadership de la lutte contre la dette du tiers-monde, puis aujourd'hui celle du combat planétaire contre le réchauffement climatique. C'est l'objectif de ce rapport Stern publié avec tambours et trompettes à Londres il y a quelques semaines. Le monde en a pourtant marre de cette prétention britannique, de cette mégalomanie blairiste, à vouloir lui imposer son leadership.
Dans chacun de ces cas, ce qui est en cause, ce n'est pas l'état du monde, c'est cette volonté du Premier ministre britannique de se présenter comme le seul susceptible de prendre les commandes de la planète en cas de défaillance de l'Amérique. Le problème, c'est que Tony Blair ne semble pas comprendre que le monde n'est pas réductible à la vision binaire qu'il en a. Le monde a d'ailleurs été particulièrement perturbé par l'inefficacité révélée du leadership américano-britannique dans l'affaire irakienne. Plutôt que d'y finir le travail, Tony Blair a décidé de changer d'ordre du jour !
C'est bien sûr dans la nature des hommes politiques que de changer de priorités lorsque les politiques précédentes ont échoué. Si la question du réchauffement climatique est, naturellement, un des grands enjeux du moment, on ne comprend cependant pas pourquoi la Grande-Bretagne serait la mieux à même de mener la charge. Si ensuite Tony Blair est vraiment à la recherche d'une action efficace, il pourrait se concentrer sur quelque chose qui profiterait immédiatement à son pays - la lutte contre l'émergence d'une très grande pauvreté en Angleterre, par exemple, ou le contrôle d'une entreprise très britannique comme BP.
On apprenait le jour même de la publication du rapport Stern que cette entreprise avait quelques problèmes dans ses raffineries. Voilà des chantiers sur lesquels le locataire du 10 Downing Street ferait bien de travailler, plutôt que d'engager de coûteuses et prétentieuses campagnes de relations publiques dans toutes les grandes organisations internationales.
Tony Blair se passionne soudain pour le réchauffement climatique, alors qu'il n'a pas encore gagné, loin s'en faut, les combats précédents qu'il avait engagés - sur la dette africaine ou à propos de la croissance mondiale. En 2005, il s'était présenté, lors du sommet du G8 à Gleaneagles, en Ecosse, comme l'avant-garde dans l'effacement de la dette des pays pauvres d'Afrique. Il n'en parle plus aujourd'hui. Le problème aurait-il, comme par magie, été réglé ?
Il faut, en définitive, que la Grande-Bretagne et Tony Blair surtout cessent de croire que le monde n'attend qu'eux pour résoudre les problèmes de la planète. Tous ceux qui ont prétendu à un tel leadership ont toujours fini par s'en mordre les doigts. Les dirigeants britanniques feraient bien d'en tirer les leçons pour eux-mêmes. De nombreux peuples sont d'ailleurs aujourd'hui convaincus que les choses iraient mieux s'ils abandonnaient enfin leurs illusions.


